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Vidange par un agriculteur : ce que la loi autorise, et ce que ça change sur la facture

En résumé
  • La vidange doit être faite par une entreprise agréée par la préfecture (article L1331-1-1 du code de la santé publique), et l'agrément est encadré par l'arrêté du 7 septembre 2009 modifié par celui du 3 décembre 2010.
  • La matière retirée est un déchet : elle se dépote en tête de station d'épuration ou part en épandage agricole sous plan d'épandage, avec analyses et bilan annuel au préfet.
  • Le document qui prouve tout : le bordereau de suivi des matières de vidange, avec le numéro d'agrément et la destination. Sans lui, vous n'avez rien à montrer au SPANC.
  • L'écart de prix est plus petit qu'on croit : 200 à 350 € pour une fosse de 3 000 L, environ 210 € en moyenne nationale, et un forumeur normand rappelle que l'agriculteur « n'est pas toujours beaucoup moins cher ».
  • Ce que risque un opérateur non agréé : 7 300 € d'amende pour 73 déversements illégaux, tribunal de police de Montpellier, jugement du 10 mai 2024.
Tous les quatre ans, et pourquoi ça ne veut pas dire grand-chose

Sur un forum de construction, un intervenant donne le repère que tout le monde cherche : l'entretien réglementaire, c'est tous les 4 ans, à coupler aux visites du SPANC. Il ajoute aussitôt la nuance qui compte — cela varie fortement selon le nombre d'utilisateurs du logement et selon leurs habitudes. Une même fosse ne se remplit pas à la même vitesse chez deux personnes et chez cinq.

Le repère qui vaut mieux que le calendrier

Un autre témoignage du même fil illustre l'écart : on lui avait dit au départ que la fosse toutes eaux devait être vidée tous les 2 ans, et la première vidange a eu lieu au bout de 5 ans. Ce n'est pas une infraction, c'est la preuve que la fréquence dépend de l'usage. Le déclencheur utile reste le niveau des boues dans la cuve, mesuré à la perche, et non la date anniversaire.

Juin 2008, forum de droit. Une locataire vient de quitter un logement à la campagne et raconte une histoire qui, seize ans plus tard, se répète chaque semaine dans les mêmes termes.

je viens de déménager et donc avant de quitter ce logement, j'ai du faire vider ma fosse septique. C'est un agriculteur qui s'en ai chargé. Mon propriétaire m'a dit que ce n'était pas légal, qu'il fallait que je passe par un organisme agréé, et m'a donc déduit le coût d'une vidange (130€) de ma caution, a t'il le droit de me facturer une vidange alors que je l'ai faite faire ? Merci de me répondre, c'est très urgent

Forum de droit, discussion sur la vidange par un agriculteur, juin 2008

Le propriétaire avait raison sur le fond et tort sur la méthode. Le fond : la vidange d’une fosse n’est pas un service de voisinage, c’est la prise en charge d’un déchet, et la personne qui la réalise doit être agréée par la préfecture. La méthode : retenir la somme sur un dépôt de garantie ne règle pas la question de savoir ce qu’est devenue la matière.

La règle, et d’où elle sort

Le texte de base est l’article L1331-1-1 du code de la santé publique : seule une entreprise agréée par la préfecture peut vidanger. Les modalités de cet agrément sont fixées par l’arrêté du 7 septembre 2009, modifié par l’arrêté du 3 décembre 2010, qui définit les modalités d’agrément des personnes réalisant les vidanges, le transport et l’élimination des matières extraites des installations d’assainissement non collectif.

Le point qui échappe à tout le monde tient en un mot : déchet. Ce qui sort de votre fosse ne devient pas un engrais parce qu’il part dans un champ. Il reste un déchet dont la destination doit être connue, et c’est cette traçabilité, plus que le geste de pompage, que la réglementation encadre.

Le fil de 2008 est intéressant justement parce qu’il traverse la période où la règle s’est mise en place. En mai 2009, un intervenant explique que l’arrêté ministériel n’est pas encore sorti et qu’aucun agrément n’est donc délivré par le préfet. En janvier 2010, un autre revient avec le calendrier reçu par courrier : les vidangeurs non agréés ont jusqu’au 7 avril 2010 pour déposer leur demande en préfecture, sous peine d’amende. Entre les deux messages, la même question a changé de réponse.

L'analyse de l'éditeur

Ce fil de forum est un document, et pas seulement une conversation. On y voit une réglementation naître en temps réel : un intervenant de 2009 qui dit avec raison que l'agrément n'existe pas encore, un autre de 2010 qui annonce la date butoir, et des lecteurs de 2017 et 2019 qui remercient sans voir que la réponse en tête de fil a vieilli.

C'est le piège de cette question précise. Quand vous cherchez « vidange par un agriculteur », les pages les mieux placées sont souvent les plus anciennes, parce qu'elles ont eu quinze ans pour accumuler des liens. La bonne habitude, ici plus qu'ailleurs, est de regarder la date de chaque message avant de le croire.

Ce que l’agrément demande vraiment

Ce qui accélère le remplissage

Le même intervenant qui donne la règle des 4 ans cite l'exemple d'usage qui change tout : mettre un rouleau de papier à chaque utilisation. Ce ne sont pas les eaux usées qui remplissent une fosse plus vite, ce sont les solides qui n'auraient pas dû y entrer. Le nombre d'occupants et les habitudes de la maison pèsent plus que l'âge de l'installation.

La facture qui montre ce que coûte l'absence de devis

Un fil de 2015 raconte le cas d'une grand-mère facturée 2500 euros de vidange plus 1000 euros de déplacement, soit 3500 euros, pour une fosse d'au maximum huit mètres cubes et une distance annoncée de 25 km. Les autres intervenants du même fil citaient, pour un travail comparable, 208 euros, 180 € pour trois mètres cubes avec 45 km de trajet, 200 euros en moyenne et 245 euros pour trois mètres cubes.

Ce qui se remplace en passant

Le même témoignage rappelle un entretien que beaucoup ignorent : il est recommandé de changer toutes les 18 à 24 mois les pierres de lave qui servent de filtre, et un léger retard n'a rien de dramatique. Ce n'est pas la vidange, cela ne coûte pas cher, et c'est le genre de ligne à faire figurer sur le devis quand le camion vient de toute façon.

Un vidangeur qui a monté son dossier raconte ce qu’il contient, dans le message de janvier 2010 : soit l’autorisation de dépoter en tête de station, soit un plan d’épandage sur terre agricole ; une copie d’un bordereau de vidange ; la liste des matériels et personnels intervenant sur le site. Dans le cas d’un plan d’épandage, il faut en plus justifier d’un point de stockage des effluents, avec mélangeur, citerne ou fosse. Et avant d’épandre, il faut faire analyser les matières pour obtenir l’accord d’épandage — une demande adressée au préfet, qui a trois mois pour statuer.

Un autre intervenant, en 2009, avait déjà listé les conditions sous lesquelles un agriculteur peut légalement intervenir, et la liste est parlante : délivrer un bordereau portant les informations prévues par la réglementation, évacuer les matières par dépotage en tête de station équipée ou en épandage agricole avec une étude préalable, faire analyser les boues, les enfouir directement, transmettre une synthèse annuelle des épandages au préfet, et déclarer l’activité de transport sur route de déchets non dangereux. Sa conclusion mérite d’être citée telle quelle : c’est possible, mais il y a des règles.

Autrement dit, la question n’est pas « agriculteur ou entreprise » mais « agréé ou pas ». Un agriculteur qui a fait ce parcours est un vidangeur agréé qui se trouve être agriculteur. Un agriculteur qui passe avec sa tonne à lisier est un voisin serviable sans traçabilité.

Le lisier n’est pas la matière de vidange

La confusion vient d’une ressemblance de surface : deux liquides, une citerne, un champ. Un intervenant tranche en trois lignes, et c’est la meilleure explication du fil.

il faut dans un premier temps differencier les lisiers d origine agricole

Forum de droit, réponse du 3 décembre 2009

Il poursuit en précisant que la législation n’est pas la même pour les effluents humains provenant de fosses, et il ajoute une phrase qui surprend même les agriculteurs : même les agriculteurs ou les éleveurs n’ont pas le droit de traiter leurs effluents personnels avec le lisier. L’exploitant qui épand légalement le lisier de son troupeau ne peut pas y mélanger le contenu de sa propre fosse.

Reste le cas qui alimente la confusion, et qui est réel.

Bonjour, les agriculteurs vident bien sur leurs champs et prairies les "boues" des stations d'épurations des petites communes , mais avec les autorisations préfectorales, les nombres de voyages, et les lieux y sont notés, sur un registre, pour la traçabilité, mais pour les fosses septiques c'est interdit.

Forum de droit, réponse du 29 janvier 2010

Les boues de station partent bien dans les champs. Elles y partent avec des autorisations préfectorales, un registre, un nombre de voyages et des lieux consignés. Ce que voit le voisin depuis la route, c’est un tracteur ; ce qu’il ne voit pas, c’est le dossier.

Le papier qui compte plus que le camion

Sur un forum de construction, un intervenant résume l’obligation pratique mieux que n’importe quelle circulaire : il faut passer par une entreprise agréée qui remet une facture indiquant le lieu de dépotage des matières de vidange, et ces factures doivent être conservées parce qu’elles peuvent être demandées lors du contrôle de l’assainissement. Le bordereau de suivi des matières de vidange porte le numéro d’agrément et la destination.

C’est le cœur du sujet, et la raison pour laquelle l’économie apparente disparaît : sans bordereau, vous n’avez aucune preuve d’entretien à présenter au SPANC lors du contrôle, et une installation dont l’entretien n’est pas documenté est une installation qui ne peut pas démontrer sa conformité au moment d’un diagnostic de vente.

Et la responsabilité ne s’arrête pas au portail. Le même intervenant le dit sans détour : vous êtes responsable de vos matières de vidange, et si le vidangeur au noir va vider sa cuve dix kilomètres plus loin dans le réseau d’eaux pluviales d’une commune et se fait prendre, cela coûtera cher à lui comme à vous.

Ce que ça coûte, des deux côtés

L’argument de l’agriculteur est financier. Il faut donc regarder le chiffre en face. Une vidange agréée coûte 150 à 200 € pour 1 000 litres, 180 à 250 € pour 2 000, 200 à 350 € pour 3 000, 280 à 400 € pour 4 000 et 320 à 450 € au-delà de 5 000, le mètre cube supplémentaire pompé étant facturé 25 à 70 € HT. La moyenne nationale annoncée est de 150 à 350 € TTC, autour de 210 € pour une fosse standard de 3 000 litres. En région parisienne, un intervenant cite 300 à 450 € pour la même cuve. Le détail des postes est dans notre page sur la vidange et les dérapages dans celle sur les arnaques.

≈ 210 €moyenne annoncée pour une fosse de 3 000 L
150 € TTCseuil du devis obligatoire (arrêté du 2 mars 1990)
7 300 €amende, tribunal de police de Montpellier, 10 mai 2024
73déversements illégaux constatés, à 100 € chacun

Face à ces montants, le témoignage le plus utile sur ce sujet vient d’un propriétaire normand qui a essayé les deux.

On avait bien payé moins de 200€ TTC pour les 300L (en normandie). Les agriculteurs ne rechignent pas à venir vider la fosses pour le mettre sur les champs, mais ça n'est pas toujours beaucoup moins cher. Mais personne ne m'a demandé quoique ce soit, ni la mairie ni un contrôle de l'installation!

Forum de construction, avril 2007

Deux informations dans le même message : l’écart de prix est faible, et personne ne lui a rien demandé. La seconde explique la persistance de la pratique bien mieux que la première.

Quand l’agriculteur ne peut pas, techniquement

Il y a un dernier obstacle, plus prosaïque que juridique. En décembre 2021, sur un forum de bricolage, quelqu’un cherche à faire vider une fosse et reçoit le conseil classique.

Bonjour si vous êtes a la campagne faîtes appel a un cultivateur avec une tonne a lisier .

Forum de bricolage, décembre 2021

La réponse du demandeur, le lendemain, clôt le débat.

merci .J'ai déja fait appel a mon voisin agriculteur mais sans succès matière trop épaisse Pour les entreprises ils ne sont pas sures du résultat.

Forum de bricolage, décembre 2021

Une tonne à lisier aspire un liquide. Une fosse qui n’a pas été vidangée depuis longtemps contient une boue compacte, et le camion d’un vidangeur professionnel travaille autrement : il mélange avec de l’eau sous pression avant de pomper, comme le rappelle le message suivant du même fil. C’est aussi ce qui distingue une vidange d’un simple pompage, et ce qui explique qu’une fosse pleine depuis des années ne se vide pas avec le matériel du voisin.

Ce que risque celui qui s’en passe

Le 10 mai 2024, le tribunal de police de Montpellier a condamné une entreprise d’assainissement à 7 300 euros d’amende pour 73 déversements illégaux de boues de fosses septiques dans les réseaux collectifs d’eaux usées de l’agglomération montpelliéraine, entre août 2022 et janvier 2024. L’amende a été calculée en contravention de 5e classe, à 100 € par déversement constaté. L’enquête avait été ouverte en 2020 à la suite d’une alerte de la préfecture de l’Hérault sur une entreprise sans agrément préfectoral, et une douzaine d’agents de l’Office français de la biodiversité ont été mobilisés sur les filatures.

Trois questions avant de laisser quelqu'un pomper

Quel est votre numéro d'agrément préfectoral ? Où partent les matières — dépotage en tête de station ou plan d'épandage ? Et est-ce que je repars avec un bordereau qui le dit par écrit ? Si les trois réponses existent, peu importe que le camion appartienne à une entreprise d'assainissement ou à un agriculteur. Si l'une manque, l'économie annoncée n'en est pas une : c'est un risque transféré sur vous, avec, au-dessus de 150 € TTC, un devis que le professionnel vous doit de toute façon.

Tous les combien faut-il vidanger ?

Un intervenant donne quatre ans comme repère réglementaire, à coupler aux visites du SPANC.

Est-ce une règle stricte ?

Il précise lui-même que cela varie fortement selon le nombre d'utilisateurs et leurs habitudes.

Un exemple ?

Un propriétaire à qui l'on avait annoncé deux ans a fait sa première vidange au bout de cinq.

Qu'est-ce qui remplit la fosse le plus vite ?

Les solides : mettre un rouleau de papier à chaque utilisation est l'exemple cité.

Y a-t-il un autre entretien à prévoir ?

Les pierres de lave du filtre, à changer toutes les 18 à 24 mois selon le même témoignage.

Questions fréquentes

Un agriculteur peut-il vidanger ma fosse septique ?

Pas comme un service de voisinage. Depuis la mise en place de l'agrément, la personne qui réalise la vidange, transporte et élimine les matières doit être agréée par la préfecture : c'est l'objet de l'arrêté du 7 septembre 2009, modifié par l'arrêté du 3 décembre 2010, pris en application de l'article L1331-1-1 du code de la santé publique. Un agriculteur qui remplit ces conditions et qui délivre un bordereau peut le faire ; un agriculteur qui passe avec sa tonne à lisier un dimanche matin, non. Un intervenant de forum résumait déjà la difficulté en 2010 : le dossier déposé en préfecture doit contenir soit l'autorisation de dépoter en tête de station, soit un plan d'épandage sur terre agricole, une copie d'un bordereau de vidange, et la liste des matériels et personnels.

Pourquoi le lisier et les matières de fosse ne suivent pas les mêmes règles ?

Parce que ce ne sont pas les mêmes déchets. Un intervenant l'explique en une phrase sur un forum : il faut d'abord différencier les lisiers d'origine agricole et les effluents humains provenant de fosses, et la législation n'est pas la même. Le même message ajoute que même les agriculteurs ou les éleveurs n'ont pas le droit de traiter leurs effluents personnels avec le lisier. La tonne à lisier est un matériel agricole ; ce qu'elle a le droit de transporter dépend de ce qu'il y a dedans.

Les boues d'épuration partent bien dans les champs, non ?

Oui, et c'est ce qui rend la confusion si naturelle. Un forumeur le décrit précisément : les agriculteurs vident sur leurs champs et prairies les boues des stations d'épuration des petites communes, mais avec les autorisations préfectorales, le nombre de voyages et les lieux notés sur un registre pour la traçabilité. C'est un circuit encadré, pas un arrangement local — et il ne couvre pas la fosse d'une maison.

Quel document dois-je exiger après une vidange ?

Le bordereau de suivi des matières de vidange, qui porte le numéro d'agrément et la destination des matières. Un intervenant de forum le formule en termes pratiques : la vidange doit passer par une entreprise agréée qui remet une facture avec le lieu de dépotage des matières, et ces factures se gardent parce qu'elles peuvent être demandées lors du contrôle de l'assainissement. C'est le seul document qui prouve au SPANC que l'entretien a eu lieu.

Est-ce vraiment moins cher de passer par un agriculteur ?

Moins que ce que l'on imagine. Les prix d'une vidange agréée vont de 150 à 200 € pour 1 000 litres, 200 à 350 € pour 3 000 litres et 320 à 450 € au-delà de 5 000 litres, avec une moyenne nationale annoncée autour de 210 € pour une fosse standard de 3 000 litres ; en région parisienne un intervenant cite 300 à 450 € pour la même cuve. Et un forumeur normand, qui a payé moins de 200 € TTC, écrit noir sur blanc que les agriculteurs ne rechignent pas à venir vider la fosse pour la mettre sur les champs, mais que « ça n'est pas toujours beaucoup moins cher ».

Que risque celui qui fait vidanger hors agrément ?

Le risque se partage. Un intervenant de forum le dit crûment : vous êtes responsable de vos matières de vidange, donc si un vidangeur au noir va vider sa cuve dix kilomètres plus loin dans le réseau d'une commune et se fait prendre, cela coûtera cher aux deux. Un jugement le confirme : le 10 mai 2024, le tribunal de police de Montpellier a condamné une entreprise d'assainissement à 7 300 euros d'amende pour 73 déversements illégaux de boues de fosses septiques dans les réseaux collectifs de l'agglomération, l'amende étant calculée en contravention de 5e classe à 100 € par déversement constaté.

Antoine Lefèvre

Rédacteur et chercheur en assainissement non collectif

Recherche et rédige des guides indépendants sur l'assainissement individuel, en croisant la réglementation (arrêté du 7 septembre 2009, DTU 64.1), les prix réels et l'expérience des propriétaires face au SPANC.

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